Quelques errances…

On m’a souvent demandé par quel palo il valait mieux commencer lorsqu’on se lance dans la découverte de la guitare flamenca. Ma réponse a beaucoup évolué à mesure que mûrissait mon approche pédagogique de l’enseignement du flamenco.

  1. Le premier réflexe : la soleá

J’ai longtemps soutenu qu’il fallait s’intéresser en premier lieu à la soleá — sans doute parce que c’est le premier palo qu’on m’a proposé à moi-même : reine de la famille des “12 temps”, elle me paraissait offrir tous les avantages pédagogiques pour une bonne compréhension de la notion de compas amalgame (une partie ternaire, une partie binaire). Elle se joue, en outre, sur un tempo lent ; elle permet enfin d’évoluer dans l’inhabituel mode phrygien. Mais au bout de quelques années de pratique je me suis aperçu que ces mêmes avantages se convertissaient assez vite en inconvénients : trop de nouveautés simultanées nuisaient, finalement, à la fluidité du cours, et finissaient par écraser l’étudiant sous une masse d’informations (techniques main droite, intégration du compas et de ses temps forts, positions originales main gauche, structure…) qui plus d’une fois le décourageaient de poursuivre.

2. Une approche plus progressive : les tangos

Je me suis alors dit qu’il fallait réduire les “inputs” : pour que l’enseignement soit efficace, il fallait que les informations arrivent graduellement et qu’elles ne se parasitent pas entre elles. Il me fallait plutôt un rythme binaire facile à suivre pour une oreille occidentale, qui ne pose pas de problème de comptage, afin de laisser la place à l’étude de la technique et de la structure. Les tangos m’ont paru un temps une belle alternative à la soleá — mais leur tempo plus que soutenu empêchait souvent les étudiants de jouer léger. J’essayai les tientos comme forme plus lente des tangos : mais cette fois c’est leur balancement caractéristique (du ternaire dans du binaire) qu’on loupait quand on adaptait des falsetas de tangos à ce palo.

3. Une tentative de séduction : la rumba

Un peu désespéré, j’envisageai même, comme je l’ai déjà dit ici — avec un peu de mauvaise foi — la rumba comme porte d’entrée dans le flamenco. Après tout, on est tous familiers de ce rythme ; c’est festif, motivant ; elle se joue très souvent en mode mineur et développe des techniques de la main droite assez rapidement valorisantes pour briller à peu de frais. Mais son caractère marginal dans le flamenco d’aujourd’hui, et sa récupération par d’autres univers en fait un palo difficile à intégrer dans la géographie globale de cette musique.

À ce stade de ma réflexion, deux éléments m’ont arrêté :

  1. chercher un palo unique à proposer à tous les étudiants débutants était absurde : tous ne venaient pas des mêmes univers musicaux, tous ne s’intéressaient pas de la même façon au flamenco, tous n’étaient pas forcément débutants à la guitare… Le travail d’un professeur, c’est avant tout de s’adapter à ses étudiants — l’oublier, en appliquant indistinctement des “recettes”, c’est se prendre pour un gourou.
  2. proposer un travail autour de palos fermés sur eux-mêmes, c’était passer à côté de ce qu’est réellement le flamenco, à savoir : une façon d’assembler des éléments structurels — des sortes de modules — au sein d’un rythme codifié, avec des variantes harmoniques régionales.

Et s’il fallait, dès lors, lâcher cette approche “académique” pour tenter quelque chose de plus transversal ? Un enseignement qui prenne en compte les éléments structurels de chaque famille de palos et qui s’en servirait pour reconstruire et expliquer la différence des palos à leur lumière ?

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