1. Souvenirs : c’était mieux, avant ?

Je dis souvent que j’aurais aimé me lancer dans la guitare en ayant eu accès, à l’époque, à tous les outils dont disposent aujourd’hui mes jeunes étudiants. Ordinateurs, tablettes, téléphones et leur kyrielle d’applications qu’internet a démultipliées : métronomes, accordeurs, vidéos en ligne, tutoriels, transcriptions, forums, mp3, dossiers midi, sites spécialisés… La quantité d’informations est si massive et les sources si nombreuses, que la question de leur assimilation se pose après, et de façon moins urgente, que celle de leur tri et leur hiérarchisation. Aussi, si la disponibilité des resources — potentiellement infinies et gratuites — constitue sans aucun doute un progrès immense, il m’apparaît, avec un peu de recul et d’expérience, que leur utilisation dans le cadre d’un apprentissage spécifique reste délicate ; si bien que si je voulais être totalement honnête, je n’avancerais plus mon affirmation initiale avec autant d’aplomb.

Je me souviens de ce jour du siècle dernier où, étant tombé, extatique, sur un exemplaire de l’ « Anthologie méthodique de la guitare flamenca » de C. Worms (Vol. 1A : la soleá !), je voulus m’atteler immédiatement aux exemples de falsetas des grands maîtres qu’elle contenait ; mais, incapable de retrouver et écouter les versions originales des extraits mentionnés par la discographie répertoriée sur la dernière page, les tablatures du livre ne m’étaient, dès lors, d’aucun recours — et le volume tant désiré restait parfaitement inutilisable. Ce volume, il m’a suivi pendant des années, et chaque fois que je tombais sur un album mentionné par la fameuse bibliographie — combien d’heures ai-je passé dans le réseau des bibliothèques parisiennes à chercher ? — je le décortiquais en recherchant souvent l’unique falseta relevée dans l’Anthologie. En combinant alors l’écoute et le déchiffrage de la tablature, je pouvais — mais pas toujours ! — apprendre la falseta en question et, par extension, comprendre la structure rythmique / harmonique de la soleá.

Bien entendu, cette problématique est aujourd’hui complètement obsolète. L’accès au répertoire du flamenco classique est immédiat, avec, de surcroit, une abondance de documents visuels, si bien qu’il est excessivement facile d’étudier « à l’oreille » et « à vue ». Tant mieux : c’est, après tout, comme cela que le flamenco se transmet encore aujourd’hui. Mais le danger, aujourd’hui, vient d’ailleurs : il vient de ce que j’appelle la tentation de l’accessoire.

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