Elle est partout. Si omniprésente, qu’on ne la remarque même plus. Et lorsque, exceptionnellement, elle vient à disparaître, à s’arrêter ou à simplement baisser d’un ton, on se demande, interloqué, ce qui manque à l’ambiance sonore. Mais le pire, c’est encore quand on commence à y prêter attention, à se fixer dessus pendant qu’on écoute : alors, on n’entend plus qu’elle et il devient parfaitement impossible de suivre la musique qu’elle a insidieusement colonisée. C’est fâcheux, car par le même coup, on se retrouve soudain privé de 80% des morceaux de ses playlists.

Je dois l’avouer, au risque de me faire des ennemis : je ne supporte plus la batterie. Je pourrais faire des nuances, atténuer cette proposition : il y a des batteurs exceptionnels qui sont de vrais musiciens, qui savent insuffler un rythme qui n’écrase pas, un rythme qui est pulsation, vibration, qui vient de l’intérieur de la musique ; un rythme qui écoute, qui accompagne, qui soutient et adopte la mélodie, bref qui est à son service et qui n’exige pas d’elle de se conformer à ses battements autoritaires — et je ne parle même pas du volume de l’ensemble des instruments qui doit d’office se régler sur le sien. Je pourrais, certes, entrer dans ces nuances, mais aujourd’hui je n’en ai pas envie, ce sera peut-être pour un autre jour. Car, pour un batteur digne de ce nom, il y en a 100 qui sont nuisibles, alors quitte à jeter le bébé avec l’eau du bain…

Chers amis batteurs, grandissez : nous sommes des musiciens et des auditeurs adultes qui n’avons pas besoin d’entendre sempiternellement battre les temps, souligner les mesures, marquer le tempo comme si nous étions incapables de les sentir ou de les restituer de l’intérieur de la musique. Les métronomes, en général, on les éteint avant d’enregistrer ou de jouer en public. Cessez de vous prendre pour des stabilisateurs de vélo pour enfants : nous savons rouler et ne faisons pas tous de la musique pour bébés. Arrêtez de vouloir à tout prix nous éclairer le chemin, tous feux braqués sur la route : celle-ci serait bien plus charmante si vous nous la laissiez découvrir au fur et à mesure qu’on la parcourrait.

Chers amis batteurs, apprenez à bien jouer, prenez des cours, ou alors taisez-vous.

Et chers amis percussionnistes, par pitié : n’imitez pas les batteurs.

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