Lorsqu’on se lance dans l’adaptation d’un morceau de musique sans autre support que l’enregistrement original, on peut avoir l’impression de se retrouver paralysé devant une multitude de possibles : par quoi commencer ? Par où ? Ces questions se posent avec d’autant plus d’urgence que la musique originale peut ne pas être un morceau de guitare mais un thème orchestré dans lequel aucune guitare n’est présente — ou tout du moins repérable. On doit donc d’abord le transcrire, puis l’adapter à la guitare.

Par transcrire j’entends retrouver ses accords originaux ; par adapter j’entends d’une part transférer ces accords sur la guitare, au besoin en changeant la tonalité initiale pour faciliter le doigté ; d’autre part retrouver avec les possibilités de la guitare l’ambiance originale du morceau et l’interpréter avec sa sensibilité personnelle de guitariste.

Prenons un exemple. Je me suis amusé à adapter le générique de la série Game of Thrones (Ramin Djawadi). Oui, moi aussi je suis tombé dedans. Musique puissante, très orchestrée, où la ligne du violoncelle soliste est principalement soutenue par de fortes percussions martiales et en arrière-plan un arpège obsédant de cordes et de vents. La mélodie, répétitive, joue sur l’augmentation : un second violoncelle puis des vents viennent progressivement gonfler la ligne mélodique pour conférer un grand souffle héroïque à l’ensemble. Voici les différentes étapes de ma recherche d’adaptation.

1. Ecouter et ré-écouter le morceau, au besoin prendre des notes sur sa structure.

2. En tâtonnant un peu (j’utilise, en écoutant le morceau original, les basses de la guitare qui me donnent la dominante pour chaque accord) on arrive assez vite à repérer les accords de base de la mélodie principale qui reste très simple (dans le sens : on peut la chanter et la retenir très facilement, ce qui constitue l’ADN des musiques de séries TV). Ici :

la mineur / mi mineur / sol / ré mineur pour la première partie
fa / do / ré mineur / la mineur / fa / sol mineur / la mineur pour la seconde
(mais on monte dans les aigus : la plupart des accords de cette 2e partie se feront donc plutôt en 5e position).

En essayant de broder autour de ces accords, on se rend compte par ailleurs que la tonalité originale (la mineur) convient parfaitement à la guitare : chouette, pas besoin de transposer.

3. L’accompagnement mélodique sous-jacent qui passe de mineur à majeur me paraît très important : ne pas en tenir compte dans l’adaptation serait passer à côté du morceau. Avant même de me lancer dans la transcription de la mélodie j’essaye donc de voir s’il est possible de le conserver dans la configuration d’accords retenue. Ça marche très bien pour les accords de la mineur et mi mineur ; pour l’accord de ré mineur, il faudra ruser, mais la position de cet accord en case II renforce le côté médiéval de la mélodie. Vendu !

4. La pulsation du morceau original est clairement martiale, elle évoque des grandes épopées, des armées gonflées à bloc, une Histoire en marche : je voudrais éviter d’en faire quelque chose de plat qui ressemblerait trop à de la guitare classique (je vais encore me faire des amis…). Il faudra donc jouer sur la rythmique. Des rasgueos devraient pouvoir soutenir ce rythme tendu ; les frappes percussives sur les cordes en début de morceau seront là pour rappeler les percussions originales.

5. Une fois tout ce cadre mis en place, la mélodie peut être abordée : elle ne demande pas trop d’effort main gauche, on arrive à la reproduire en modifiant un peu les accords retenus. La main droite en revanche doit à la fois s’occuper de l’équilibre entre mélodie et rythme.

6. L’interprétation, du coup, tire vers le flamenco sans trop déraper il me semble. On ne se refait pas. Afin de maintenir l’efficacité de ce rythme puissant, j’ai décidé de calmer le jeu dans la deuxième partie pour mieux y revenir en fin de phrase et créer ainsi un contraste.

En résumé donc, pour une adaptation « à l’oreille » : écouter, trouver les accords, la pulsation et l’accompagnement, tisser la mélodie autour des accords retenus, interpréter. L’adaptation de Game of Thrones proposée ici n’est qu’un exemple : d’autres options auraient été envisageables (faire passer la mélodie par les basses puis les aigües ; introduire des harmoniques sur la fin pour se rapprocher encore de l’original ; développer une introduction indépendante…). Ce qui compte finalement, c’est de proposer une version qui restitue l’idée de départ tout en apportant un éclairage différent sur la musique originale.

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